L'Offrande musicale de J.S. Bach

L'Offrande musicale de J.S. Bach ©arsenal-metz.fr
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L’Offrande musicale, prémices de son testament ?

Même si les circonstances de création de cette œuvre sont sujettes à d’interminables palabres, des idées communes ressurgissent fréquemment.
N’entrons pas dans la polémique !
Tenons-nous-en aux faits musicaux, bien plus précieux et surtout moins discutables.

La principale préoccupation de Jean-Sébastien Bach se révèle être la musique instrumentale. En 1747, il fit parvenir au roi Frédéric II de Prusse une œuvre instrumentale sous le titre d’Offrande musicale, BWV 1079.
L’ensemble de ces pièces dévoile une technique minutieuse du contrepoint, système d’écriture musicale ayant pour objet la superposition de deux ou plusieurs lignes mélodiques. Les notes, à l’origine, étaient figurées par des points.

L’œuvre de Bach est un canevas de variations finement tissé sur un thème composé de quatre parties caractéristiques : arpège de l’accord mineur parfait, saut de septième diminuée descendante, descente chromatique, formule cadentielle

Bach compose des canons, des ricercares, des fugues canoniques et une sonate en trio. Certaines de ses pièces sont écrites pour clavecin seul, d’autres sur plusieurs portées pour ensemble instrumental. Il joue la musique, se joue d’elle aussi bien dans l’écriture que dans son interprétation.

Selon les propres termes – Extrait de propos recueillis en juin 2015 par l’Arsenal –, Jordi Savall considère l’Offrande musicale comme « l’un des chefs-d’œuvre les plus importants de toute l’histoire de la musique » et « comme son testament musical ». « La musique est justement l’art de redonner vie à des choses d’autres époques. » Il pourrait aisément représenter le messager de la Paix ayant pour seule arme son archet avec un message fort « La musique nous permet de nous apprivoiser malgré les différences. »

Ce soir à l’Arsenal de Metz, le maestro offre, avec l’appui de l’ensemble Le Concert des Nations, un ardent et bouleversant témoignage de paix, d’émotionS.

Dès l’ouverture, quelques notes jouées à la flûte traversière placée sous les lèvres de Marc Hantaï, le thème apparaît avec « une simplicité complexe » reposant sur un accord parfait mineur.
Son frère, Pierre, lui répond en reprenant le thème et le développe dans un jeu soigné, élégant. Ses mains virevoltent avec légèreté. Tous deux offrent une splendide entrée à la salle quasi comble.
Les autres instrumentistes, Manfredo Kraemer et Mauro Lopes aux violons, Bruno Cocset au violoncelle et Xavier Puertas au violone seront tout aussi brillants dans leurs parties.
Tous recherchent constamment avec finesse l’expression portée à son paroxysme, quête incessante de chaque musicien. L’harmonie est là devant l’auditoire. Fermez les yeux. Laissez-vous aller ! Imaginez-vous confortablement installé dans un fauteuil dans un salon feutré aux riches boiseries mordorées. Les instrumentistes ne sont là que pour vous.
Chaque note prend vie, impose un profond silence, le recueillement. Aucun bruit ne trouble cette musique pénétrante.
Les ponctuations du clavecin ne sont que le ciment des notes des cordes frottées, le stuc étant l’apanage de la flûte traversière.

Le “Canon 1 a 2 cancrizans” est un canon palindromique dans lequel la musique est rejouée à l’envers (effet d’inversion) à partir de la neuvième mesure, un joli moment interprété au clavecin.
Le final, un ricercar à six voix, porte incontestablement Jean-Sébastien Bach au sommet de son art. Chacune des voix a sa clef. La partition ne précise pas la nature de l’instrument, type d’écriture repris plus tard par Bach dans l’Art de la fugue.

Le Cantor de Leipzig ouvre bien ici, pour les générations futures, son testament musical avec cette magnifique œuvre. L’acte II se jouera en 1748 avec la Messe en Si mineur. Le final, quant à lui, aura lieu en 1749. Bach compose un thème étrangement proche mélodiquement de celui de l’Offrande fondé sur un accord parfait mineur et le nourrit en le développant. Ca sera l’Art de la fugue.

Même témoin de ce testament, l’auditoire applaudit avec force Jordi Savall et le Concert des Nations.
Le maestro, en guise de remerciement, offre deux extraits (menuet et badinerie) d’une pièce bien plus légère, gaie, la Suite n.2 en si mineur BWV 1067 pour flûte, cordes et continuo de Bach.



Publié le 05 nov. 2015 par Jean-Stéphane SOURD-DURAND