Mezzo Furioso

Mezzo Furioso ©Baroquiades
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Concert au programme on ne peut plus baroque que ce concert réunissant trois voix féminines sous la direction de Spinosi. On pourrait presque reprocher au programme d’enchaîner des hits…
Malena Ernman ne m’a guère davantage convaincu que dans le Serse de Versailles. Mais si, à Versailles, la mise en scène et la direction d’acteurs desservait à l’évidence le chant et la finesse d’interprétation, les limites de cette voix sont, au concert, patentes. Si le registre est agréablement homogène dans le medium et l’aigu, les graves sont excessivement poitrinés, mal projetés et le notes de passage sont souvent désagréables à l’oreille. Le « Ombra mai fu » d’ouverture est dénué d’émotion et le « Agitata da due venti » frôle la catastrophe tant l’agilité est insuffisante et la justesse approximative. Seul le « Crude furie…. » en deuxième partie semble lui permettre de retrouver son meilleur niveau.
Paula Murrihy était une découverte. Belle découverte, avec un timbre riche, sensible, une capacité de coloration superbe, un engagement de chaque instant et une belle présence scénique. Son interprétation du « Si, la voglio » a été tout simplement parfaite.
Mais la «patronne » de la soirée, ce fut Sonia Prina. Si son entrée en scène avec le « Fammi combattere » ressemble un peu à une mise en jambes, elle clôt la 1ere partie avec un « Ah ! Stigie larve» particulièrement « gonflé ». La contralto se fait tragédienne et ose tout, caractérisant Orlando d’une façon stupéfiante et charnelle : elle parle, elle crie, hurle, elle murmure, elle émet des sons « laids »….. Stupéfiant. Après cette prestation qui nous scotche à nos fauteuils, elle sera beaucoup plus sage en deuxième partie, dispensant un chant élégant qui s’appuie sur une technique sure, une très belle projection et un timbre à la fois mat et velouté que, personnellement j’adore.
A la baguette, Spinosi fait montre, avec ses Matheus, de ses qualités habituelles : vivacité, précision, tension soutenue, analyse et mise en valeur de l’écriture, couleurs chatoyantes et grand sens des équilibres et de la voix.
Caractérisé par une très grande complicité entre les interprètes, l’orchestre et le chef, ce concert se clôt de façon inattendue avec un duo du Couronnement chanté à trois, l’aria « Crude furie » reprise aussi en trio et, au final, un morceau charmant d’un auteur contemporain zimbabwén

Publié le 15 oct. 2015 par Jean-Luc IZARD