Conversations - Ensemble Nevermind

Conversations - Ensemble Nevermind ©Edouard Bressy
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Si Pierre Corneille pouvait encore s'exprimer par sa plume habile, il le ferait en ces quelques mots adressés à ces quatre jeunes musiciens de talent, issus du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.
Né de l'amitié et de l'amour de la musique ancienne, l'ensemble Nevermind mérite bien des égards même si son effectif se veut restreint. Ca ne fait rien, sans jeu de mots! Ces quatre instruments ( Flûte, violon, viole de gambe et clavecin) servent avec honneur et élégance cette belle musique qu'est la musique baroque.
Pour son premier disque, l'ensemble Nevermind réalise un travail d'orfèvres en projetant dans la lumière deux compositeurs totalement méconnus.
Le premier d'entre eux se nomme Jean-Baptiste Quentin, dit le Jeune (v.1690-v.1750). Violoniste et compositeur français hors pair, il occupe différents postes tels «dessus de violon» à l'Opéra de Paris (Académie royale de Musique) en 1715, «quinte de violon» au Grand Chœur en 1738. Il fournira un travail de composition assez riche avec 19 volumes: recueil de sonates pour violon et basse continue (1724 et 1728), de sonates pour violon ou flûte et basse continue (1742), de trios pour deux violons ou deux flûtes traversières et basse continue (1729 à 1750), et les six livres de sonates en trio et à quatre parties pour violons, flûtes traversières, viole et basse continue (1737 à 1742).
Quant au second compositeur, il s'agit de Louis-Gabriel Guillemain également compositeur et violoniste français. Tout comme son contemporain, il occupe de pretigieux postes, violoniste à l'Opéra de Lyon en 1729, 1er violon à l'Académie royale de Dijon en 1734, «musicien ordinaire de la Chapelle et de la Chambre du Roi» en 1737 ,violoniste au service du Roi en 1759. Il se montre tout aussi prolixe que Quentin en composant son 1er livre de Sonates pour violon avec basse continue en 1734, 6 Sonates pour deux violons sans basse continue en 1739, 6 Symphonies dans le goût italien en trio op. 6 en 1740, Pièces de clavecin en Sonates avec violon., op. 13 en 1745.


Cet enregistrement se veut aussi frais et pur que l'air des montagnes aux somptueux et mélancoliques paysages. Dans le largo du Concerto à 4 parties, œuvre XII de Quentin (plage 1), la poésie règne grâce au phrasé tout en délicatesse du claveciniste Jean Rondeau. Savourez cet instant allongé sur l'herbe fraîche d'un alpage, laissez vous envahir par cette douce musique en regardant les nuages défilés dans le ciel. Sérénité! La fraîcheur sera encore au rendez-vous dans la première et seconde aria du Quatuor, Sonata III, œuvre XV(plage 4). La flûte de Anna Besson, dans une gestion parfaite du souflle et de l'accentuation, joue le rôle de la brise, légère comme la boule plumeuse de la dent de lion. Envolez-vous, voyagez sans contrainte, sans peur... Louis Creac'h nous invite également à le suivre dans ce magnifique voyage. La Sonata III, premier livre de sonates en quatuors révèle sa brillante technique d'archet notamment sur la touche développant un son doux et velouté. Soit en déplaçant sa main sur le manche, soit sa façon d'attaque des cordes ou bien encore la vitesse et la place de la mèche, il module à l'infini les timbres. Quel fascinant instrument mais ô combien difficile à maîtriser! Lors de toutes ses ponctuations, Robin Pharo à la viole de gambe développe un jeu fin au gré des mesures. Aucune accroche brute ou rugueuse ne se fait sentir.


Au style italien prédominant, cet enregistrement n'en constitue pas un moins un fabuleux ouvrage né de l'amour de quatre jeunes musiciens pour la musique baroque. Nevermind, retenez bien ce nom, est d'une exquise beauté artistique. Soutenez ce jeune ensemble en vous procurant ce disque. N'hésitez pas à le découvrir en concert...



Publié le 26 avr. 2016 par Jean-Stéphane SOURD DURAND