Son of England - Purcell

Son of England - Purcell ©Alpha
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L'Orpheus Britannicus célébré avec faste

C'est après la mort de Matthew Locke en 1677 qu'Henry Purcell (1659 - 1695) (appelé en Angleterre l'Orpheus Britannicus) entre au service du Roi d'Angleterre, Jacques II (Stuart), en tant que compositeur pour les « violons du roi ». Il a dix-huit ans. Deux ans plus tard, il est nommé organiste titulaire de l'Abbaye de Westminster lorsque son maître John Blow démissionne. Il y restera jusqu'à sa mort. Tout au long de sa trop brève vie, Purcell servit trois rois. Le dernier, Guillaume III (très austère et pas très féru de musique) mais surtout son épouse la Reine Mary II, musicienne et passionnée d'art, ont beaucoup compté pour lui. Purcell a constamment composé pour la Reine Mary et ses six Odes (genre de motet avec voix et orchestre, très à la mode en Angleterre au XVIIème) pour son anniversaire (le 30 avril, entre les années 1689 et 1694) connurent des succès retentissants. Mais pour les funérailles de la Reine Mary, le 5 mars 1695 (bien que décédée le 27 décembre précédent !) à Westminster, Purcell compose une musique extraordinaire de douleur et de profondeur Funeral Sentences for the Death of Queen Mary II.

Quelques mois plus tard, le 21 novembre, Purcell décède à l'âge de trente-six ans, ses obsèques sont célébrées en grande pompe dans la même abbaye, aux frais de la couronne (événement très rare). On y redonnera son hommage à la reine défunte associé à celui de Jeremiah Clarke (1674 - 1707), écrit pour le service funèbre : Ode on the Death of Henry Purcell.

Pour ce qui est de la discographie, il n’existe semble-t-il qu'un seul enregistrement de l'Ode de Clarke, par Roy Goodman (Hypérion, 1992), dont le titre du CD est, fort à propos, Odes on the death of Henry Purcell. Par la suite, la disparition de ce compositeur des concerts et enregistrements est bien étrange. C’est donc une bien heureuse initiative qui est à mettre au crédit de Vincent Dumestre qui nous propose une nouvelle interprétation de cette œuvre, associée à Funeral Sentences for the Death of Queen Mary II. Pour cette dernière œuvre et pour les Odes de Purcell, en revanche, la discographie est immense. Nous ne retiendrons que les enregistrements marquants de John-Eliot Gardiner (Erato, 1977), Philippe Herreweghe (HMU, 1993), David Hill (ARGO, 1994), ou enfin Timoty Brown (Brillant Classic, 2009). Avec toutefois une nette préférence pour l'enregistrement « historique » de Gardiner.

Si la musique vocale et instrumentale française et italienne en particulier du XVIIème siècle sont une des marques de fabrique de Vincent Dumestre et de son Poème Harmonique, leur incursion du côté de la musique anglaise est plus rare : Love is Strange (Alpha, 2005) et Didon & Enée (DVD, Alpha, 2014). Le dernier enregistrement (réalisé pour Alpha) appelé Son of England, regroupe les deux œuvres citées précédemment ainsi que l’Ode Welcome to all the pleasure (Z 339) d'Henry Purcell. Pour l’occasion, Vincent Dumestre s'est adjoint des éléments du chœur Les Cris de Paris, de Geoffroy Jourdain. Ce nouvel enregistrement frôle la perfection de Gardiner, avec ses propres atouts dont deux sont particulièrement notables.

Premièrement, le chef regarde, avec bonheur, du côté de la musique française de la même époque, Lully en particulier, qu'il a souvent pratiqué, comme en particulier dans Welcome to all the pleasure (plage 19). Cette influence est évidente chez Purcell qui la reconnaissait aisément.

L’autre atout majeur de cet enregistrement est l'effectif employé, particulièrement adéquat. Il en résulte un équilibre délicat et souple entre voix et instruments, constamment au service du texte qui devient clair et totalement compréhensible. Les reprises sont très bien pensées et font, à chaque fois, rebondir l'attention. Mais c’est l'entrelacement subtil des voix (extraordinaires choristes des Cris de Paris) qui emporte cette interprétation sur des sommets de tact et de délicatesse.

Du côté des voix des solistes, on notera le ténor Jeffrey Thompson, délicat et très précis dans toutes ses interventions, ainsi que l'alto Nicholas Tamagna. Seul bémol, l'anglais de la basse Geoffroy Buffière gagnerait à être travaillé. Le quatuor, dans son ensemble, vibre d'homogénéité et de ferveur retenue dans In the mist of live (plage 12), l'un des moments les plus intenses de ce disque.

Pour les deux Odes de funérailles, les percussions (certainement moins importantes que pour la création) provoquent à l'audition un effet saisissant, renforçant la profondeur de ces compositions. L'originalité de l'œuvre de Clarke, bien qu'elle ne soit pas aussi pleine de dissonances que celle de Purcell, ou même son ouverture peu subtile, montre qu'il était utile de nous faire à nouveau écouter ce compositeur. La canzona (plage 14) des Funeral sentences, avec ses vents de toute beauté, est d'une justesse musicale, d'une grandeur poétique, que l'on n'est pas prêt d'oublier.

Welcome to all the pleasures, écrite en 1683 pour la fête de la Sainte-Cécile (à ne pas confondre avec le Hail, Bright Cecilia de 1692), où l'on retrouve encore l'influence française, est remplie d'une bonne humeur communicative. Le chœur final, In a consort of voices, plage 21, en est un exemple éclatant. L'air d'alto Here the Deities approves (plage 18), merveilleusement chanté par Nicholas Tamagna, est une leçon de chant.

Un CD de tout premier ordre, délicat et sensible... vivement la suite !



Publié le 02 déc. 2017 par Robert Sabatier