Les Funérailles royales de Louis XIV

Les Funérailles royales de Louis XIV ©Etienne Gautier
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Une céleste résurrection

Tandis qu'une remarquable exposition (“Le Roi est mort”) retrace les circonstances et les artefacts déployés à l'occasion des funérailles de Louis XIV, la Chapelle Royale nous propose en ce début novembre une reconstitution inédite des différentes oeuvres jouées à l'occasion des funérailles de ce souverain, dont l'intérêt pour la danse et la musique a marqué le règne. La Grande pièce royale introduite dans le programme de musique religieuse rappelle avec force l'attachement du souverain à la présence de la musique dans chacun des instants solennels qui rythmaient la vie de la Cour, en lui donnant un caractère de représentation permanente. Les autres pièces retracent les différentes étapes de la pompe funèbre royale, événement obéissant à un protocole strict et codifié depuis les origines de la monarchie. Quelques novations apparaissent toutefois : depuis Louis XIII on n'expose plus le mannequin portant le masque funéraire du roi dans les jours qui suivent le décès. Et la cause du décès de Louis XIV (une gangrène généralisée) n'autorise pas davantage une présentation du corps, telle qu'elle avait cours chez les Habsbourg : le corps sera embaumé aussitôt après le décès (le coeur et les viscères étant conservés séparément), et placé dans un cercueil exposé dans le salon de Mercure, transformé en chapelle ardente, jusqu'au 9 septembre. Un convoi nocturne l'emmenera du pied du Grand Degré jusqu'à la basilique de Saint-Denis, où les Menus Plaisirs travaillent d'arrache-pied sous les instructions de Jean II Bérain pour réaliser la Pompe funèbre, autour d'un catafalque de 30 mètres de haut. La basilique est tendue de drap noir, et des tribunes sont disposées en vue de l'inhumation qui rassemblera dignitaires et courtisans placés dans l'ordre protocolaire que leur confère l'étiquette, et qui se tiendra le 23 octobre. On le voit, les funérailles royales sont conçues avec le même soin que l'on apporte aux fêtes de la Cour, seuls les décors et la musique en diffèrent.
Pour mieux en retracer l'ambiance, Bertrand Couderc joue habilement avec la lumière : dès le premier morceau (Subvenite sancti Dei) la chapelle est toute entière plongée dans l'obscurité la plus totale ; le choeur des basses s'élève depuis le petit déambulatoire courant derrière le choeur, seul éclairé de quelques bougies. Effet garanti ! Pendant le concert cette habile scénogrpahie ne se dément pas, en exploitant tour à tour les différentes possibilités architecturales qu'offre la chapelle : choeurs placés dans deux chapelles latérales opposées pour le Libera me Domine, solistes ou choeurs dans les tribunes pour le De Profundis de Colin ou les pièces de l'absoute. Par dessus-tout soulignons la procession de la marche funèbre, qui s'avance au son du tambour depuis l'entrée de la chapelle au milieu des spectateurs, les immergeant totalement dans la cérémonie. Ces effets soignés contribuent grandement au réalisme de cette reconstitution, en introduisant une animation de l'espace qui donne force et vie à ces pièces religieuses d'une grande austérité.Jean-Baptiste Millot
Evidemment cette mise en valeur suppose une interprétation proche de la perfection. Sur ce point les autre solistes comme le choeur et l'orchestre Pygmalion répondent pleinement à l'attente suscitée par ce bel écrin. Les pièces de plain-chant sont irréprochables, dans la ligne musiclae comme dans la diction. Sous la baguette de Raphaël Pichon, les pièces orchestrées sont animées d'une intense dynamique, qui demeure étonnament fluide, et indissociablement liée au chant des solistes ou des choristes. Les sonorités sont bien rondes, on notera en particulier le moëlleux du premier violon. Du côté des solistes, le timbre largement cuivré de Lucile Richardot fait merveille dans le Dies Irae final. On retiendra aussi la belle prestation de Samuel Boden, déjà croisé dans des oeuvres de Rameau à l'Opéra Royal, et qui fait preuve d'une belle expressivité. Si Marc Mauillon développe une belle projection, la voix de Christian Immler est en revanche trop souvent couverte par l'orchestre pour qu'on puisse l'apprécier pleinement. Enfin le timbre cristallin de Céline Scheen se distingue par des attaques franches et incisives. Chez les choristes les parties sont bien claires, y compris dans les ensembles. On notera l'ampleur et la profondeur des basses, qui s'opposent vigoureusement à des haute-contre aériens.
A l'issue du concert les spectateurs applaudirent avec enthousiasme , suscitant de nombreux rappels. Nul doute que le Roi Soleil en personne eût fait de même, si l'étiquette le lui avait permis...

Publié le 11 nov. 2015 par Bruno MAURY